à propos du Conte du Ventre plein de Melvin van Peebles

Entretien de Sabrina Chemloul avec Meiji U Tum'si, actrice

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Meiji, peux-tu nous parler de ton parcours, tes débuts avant d’être choisie pour jouer le rôle de Diamantine dans le Conte du Ventre Plein, le nouveau film de Melvin Van Peebles ?
Le Conte du Ventre Plein est mon tout premier film, ma première expérience cinématographique. Auparavant, j’avais fait beaucoup de pièces de théâtre.
J’ai commencé le théâtre au collège avec mon prof de français. C’est lui qui m’a vraiment donné le goût du théâtre. Avant d’être enseignant, il avait été comédien pendant 10 ans. Il trouvait que ses élèves étaient mous, ne se tenaient pas bien et s’insurgeait « vous n’avez même pas 20 ans, qu’est-ce que ça va donner lorsque vous les aurez, tenez-vous droit ! » C’est comme ça qu’il a commencé à nous donner des exercices de respiration pour qu’on se tienne mieux, des cours de théâtre pour que l’on parle mieux et que l’on soit présentable. J’avais 14 ou 15 ans à ce moment là.
Mais ensuite, au lycée, ça a été plus fort que moi, cette passion du théâtre ne m’a pas lâchée. Je me surprenais à regarder les films d’une certaine manière, c’est-à-dire que je ne regardais pas le film juste pour l’histoire mais au contraire j’étais fascinée par exemple par l’émotion qu’un acteur pouvait transmettre et j’essayais de comprendre d’où venait sa technique et son jeu. J’analysais aussi si l’histoire était bien ficelée. Inconsciemment, je me posais des questions sur l’écriture des scénarios… Dans ma salle de bain, je me plaçais devant le miroir et jouais des scènes.
Un soir, je me le rappellerai toute ma vie, malheureuse comme tout, j’ai été vers mon père et lui ai confié que je voulais vraiment faire du théâtre. C’était mal vu dans ma famille, mes parents étaient enseignants et ne voyaient pas cette voie comme quelque chose de recommandable : trop de liberté, une vie incertaine… Ils avaient d’autres espoirs pour moi et me voyaient plutôt embrasser une carrière juridique pensant que ça irait très bien avec mon sens prononcé de la justice et ma forte personnalité. Ils ont raison, ce serait un rôle dans lequel je me vois bien aussi, mais seulement un rôle au cinéma ou au théâtre. Il faudra d’ailleurs que je joue un tel personnage comme ça je pourrais leur dire « voilà, je n’ai pas fait de droit, mais j’ai quand même été juge ou avocate ».
Voyant que je tenais vraiment à continuer le théâtre, mon père finit par accepter à condition que j’aille jusqu’au bac car il ne voulait pas que je m’éparpille et cesse de travailler à l’école.
C’est ainsi, qu’après le lycée, je me suis inscrite au cours Florent que j’ai suivi pendant 2 ans. J’ai travaillé avec plusieurs professeurs et j’ai passé différents niveaux jusqu’à ce que j’arrive au plus haut niveau, celui où l’on estimait que les comédiens étaient arrivés à leur maximum.
J’étais un peu déçue. Je trouvais que c’était un peu mou. Pour une scène d’improvisation, les élèves disaient « oh non, je le sens pas, etc … » je me suis dis, si je suis arrivée à ce stade pour entendre des gnagna, c’est qu’il faut que je change et j’ai écrit ma lettre de démission.
C’est à ce moment que j’ai commencé à côtoyer les troupes de théâtre car je voulais rencontrer le public, jouer vraiment, maîtriser le trac, bref savoir ce que c’était que la scène. J’ai commencé à travailler avec Nadine VAROUSTSIKOS qui monte beaucoup de scènes de théâtre à Epinay sur Seine, la ville dont je suis originaire. Je suis née au Congo mais Epinay est ma ville d’adoption, mon village natal…
C’est donc à Epinay que j’ai joué dans ma première pièce de théâtre « Les Femmes de la Petite Couronne ». Je jouais le rôle d’une jeune fille qui faisait accoucher sa sœur dans le bus. J’ai beaucoup aimé cette expérience, c’était très drôle. Même si les pièces dans lesquelles je jouais étaient dites « amateurs » et que nous n’avions pas vraiment de statut de comédien, pour moi c’était un vrai travail de professionnel avec des professionnels.
Par souci d’identité, j’ai voulu ensuite exprimer les histoires qui brûlaient en moi. Je voulais leur donner vie, alors j’ai commencé à mettre en scène. Depuis l’âge de 16-17 ans, je vivais totalement dans mon imaginaire, j’écrivais beaucoup de nouvelles et à 17 ans, j’ai écrit mon premier roman – 400 pages – « La Déesse des Tchikumbis » dont j’ai fait plus tard une pièce de théâtre intitulée « La Malédiction de la Tchikumbi ». Je voulais, en fait, rendre hommage à mon métissage, ma double culture française et congolaise, aux contes que me racontait mon père, aux souvenirs de ma mère et de mes tantes. A travers cette pièce, j’ai voulu retrouver et réunir la danse, la musique et le théâtre avec un texte vraiment profond.
Ce qui m’arrive est rigolo, excitant, mais en fait c’est une suite logique car dans tout ce que j’ai fait, j’ai toujours croqué la vie à pleines dents. Que ce soit lorsque je faisais du soutien scolaire avec les enfants d’Epinay que j’allais chercher à l’école où pour qui je montais des spectacles ou que ce soit avec des troupes de théâtre, tout ce que j’ai fait, je l’ai fait avec passion et j’y ai mis tout mon cœur. C’est surtout ça le moteur de ma vie. Quand je n’arrive pas à m’épanouir dans un projet, que je suis malheureuse ou frustrée dans mon travail, j’arrête tout de suite car je suis quelqu’un qui ne peut pas tricher. A un moment donné, il y a soudain quelque chose qui remonte et j’arrête net sans explication. Par contre, quand ça coule, quand c’est dans la construction, là ça peut aller plus loin…
Donc voilà, je viens du théâtre. Au fur et à mesure, les gens ont parlé de moi. De fil en aiguille, on m’a donné des petits rôles au théâtre. A partir de ces rôles là, on m’a donné des rôles plus importants et des réalisateurs plus engagés, plus connus ont fait appel à moi comme Luc SAINT ELOI, par exemple, avec qui j’ai fait une tournée en Guadeloupe, il y a 3 ou 4 ans. Il s’agissait de « Chemin d’Ecole », écrit par Patrick Chamoiseau, adapté et mis en scène par Luc. Je jouais le rôle d’un petit garçon qui était dévalorisé et rejeté par son professeur car il était le plus foncé de l’école.
J’ai également travaillé avec Grégoire INGOLD, un jeune metteur en scène français, qui m’a donné le premier rôle dans sa pièce de théâtre « Anacaona », celui d’une reine haïtienne qui se battait pour sauver son peuple pendant l’invasion des espagnols.
As-tu été confrontée à la discrimination raciale dans le milieu du spectacle ?
Honnêtement, même si j’ai vécu ça, je ne m’en suis pas rendue compte parce que je m’en tape. La première discrimination est venue de mes parents que j’adore, qui, lorsque je leur ai sorti cette folle idée d’être comédienne, ont cherché à me dissuader de choisir ce métier en me rappelant qu’en tant que jeune fille noire, je n’aurais que des rôles de boniches.
Mais quand on a la chance d’avoir des parents aussi lucides, franchement, on ne s’attend pas à être au top niveau dès le début, ce qui faisait que là où il y avait de la discrimination, je n’en tenais même pas compte car je voyais beaucoup plus loin. Je me disais toujours « si on ne me prend pas, c’est tant pis pour eux. Moi en attendant, j’ai toujours un projet en tête et je vais me démerder pour choper des subventions. Et si je n’en ai pas, ça ne fait rien, je vais me battre… »
J’ai toujours été quelqu’un qui n’a rien attendu. Je ne me suis jamais laissée arrêter. Je n’en ai rien à foutre.
Même aujourd’hui, on me dit « et si après Melvin Van Peebles, rien ne se passait ? » Ma réponse est la même. C’est pas grave, j’existe toujours. J’existe par moi-même et non à travers qui que ce soit.
Comment s’est passée ta rencontre avec Melvin Van Peebles ? Tu le connaissais déjà de réputation ?
C’est un super ami à moi, Emile ABOSSOLO M’BO, un comédien camerounais qui a joué dans la pièce d’Aimée Césaire « La Tragédie du Roi Christophe » mise en scène par Jacques Nichet, qui m’a appelée pour me faire part d’un casting pour jouer dans le film de Melvin Van Peebles.
Je connaissais le parcours de Melvin, grâce à la fameuse soirée thématique qu’ARTE avait programmée en 1998, très efficace pour rafraîchir la mémoire et pour faire découvrir son œuvre aux plus jeunes. Suite à cette soirée, il y a eu le Festival Racines Noires qui a projeté le film « Panther » et organisé à cette occasion un débat en présence de Melvin Van Peebles et de son fils Mario Van Peebles. J’étais littéralement sous le choc, fascinée par le personnage et quand j’ai vu toute cette foule de personnes qui s’est accaparée Melvin après le débat, je n’ai même pas osé lui dire merci et je suis partie, heureuse et rechargée par ce moment intense.
Alors quand j’ai appris qu’il y avait ce casting, je me suis dit que même s’il ne me prenait pas j’aurais quand même l’occasion de le rencontrer et de lui parler. J’essaie toujours d’être détachée lorsque je passe une audition. Auparavant, je ne dormais pas et je me rendais malade pou rien. C’est pourquoi je donne mon maximum lors d’un casting et après je décide de l’oublier complètement. Si je suis choisie, c’est génial, sinon je poursuis ma route.
Le jour du casting, j’ai été déçue car Melvin n’était pas là et on m’a demandée de laisser une photo et un cv. Je me demandais ce qui allait lui donner envie de me rencontrer à travers une photo qui n’exprime strictement rien. Moi, je voulais le voir, lui serrer la main, capter un petit peu de son énergie, voler un peu de son génie, juste le rencontrer quoi. Donc je dépose mon cv et ma photo puis j’oublie l’histoire. Je passe complètement à autre chose et je continue mes répétitions pour la pièce que je montais. Quelques semaines plus tard, un message sur mon répondeur m’annonce que Melvin voudrait me rencontrer le soir même. Après une dure journée de répétition, j’étais trop fatiguée pour être surexcitée et donc j’étais cool, tout simplement.
Je me suis pointée comme ça, avec mon pantalon gris, mon manteau gris et mes baskets. C’était drôle, j’étais zen jusqu’au moment où je l’ai vu. Là, j’ai eu une montée d’adrénaline et j’étais très intimidée et, lui, tout bonnement qui me tend la main et qui me dit : »Hey ! Sois cool, ce n’est que moi ! » et, moi, je flippais à mort au fond de moi. Ce fut notre premier contact.
Melvin n’avait pas lu mon cv et préférait que je lui parle de moi. Ensuite, il m’a demandé de jouer la scène où Diamantine montre son cou et dit « regardez … rien … mes parents ne m’ont rien laissé, pas même une médaille, une chaîne ou quoi que ce soit. Ils m’ont laissé comme ça sans rien ». Il ne m’a pas donné plus d’indications et m’a simplement dit de lire la didascalie qui indiquait simplement « Diamantine ouvre son chemisier et montre son cou ».
Me fiant à mon instinct, je démarre sur un ton énervé et brusque… J’étais complètement à côté de la plaque. Melvin m’arrête « calme-toi, calme-toi, Diamantine, c’est une pauvre fille, tu n’y es pas du tout » et il me décrit le personnage. Ça n’avait rien à voir ! (Rires). C’était mal parti, pour un début. Mais Melvin m’a dirigée, en me faisant recommencer plusieurs fois puis il me dit « Très bien, sous une dizaine de jours, on vous recontactera ».
Et là, je me suis levée, j’ai serré sa main et j’ai été surprise car je me sentais tellement à l’aise, son regard m’était si familier car tout simplement c’est quelqu’un dont on sent la curiosité et non le jugement. Maintenant que je dirige des castings, je sais comment il faut regarder les comédiens pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Melvin a été comme ça avec moi.
J’ai serré fort sa main et je lui dis : « Vous savez, que je sois prise ou non, ce n’est pas grave. Si, à mon petit niveau, je peux rencontrer des grands messieurs comme vous, ça veut finalement dire que je ne me suis pas trompée de chemin et que ma petite bonne étoile est là ». Il me regarde et me répond : « Et bien, écoute, tu as tout pigé, je n’ai plus rien à te dire après cette phrase ».
Le surlendemain, je suis invitée à dîner avec Melvin, Jacques Boudet (Henri), Franck Delhaye, mon amoureux dans le film et le producteur Jean-Pierre Saire. J’arrive dans un grand restaurant du 5° arrondissement et Melvin me glisse avant même d’avoir commencé à manger qu’ils n’ont pas encore décidé s’ils me retenaient pour jouer le rôle de Diamantine mais qu’au moins je garderais le souvenir d’un bon repas si ce n’était pas le cas. Je me suis dit : « Mais quel monde de sadiques, c’est horrible ! ».
C’était une espèce de farce, une comédie de la vie. J’étais un train de monter une pièce de théâtre sans subvention et là je me retrouvais dans un resto chic parisien, faisant semblant d’être à l’aise alors que je ne pouvais rien avaler, au milieu de personnes qui allaient peut-être décider de mon destin. C’est seulement une dizaine de jour après ce repas que l’on m’a avertie que j’étais engagée.
En discutant avec Franck, lorsqu’il m’a raccompagné chez moi en taxi, j’ai appris que cela faisait déjà 2 ans qu’il avait le scénario. Melvin lui avait demandé de me déposer. Tu vois comme il est fin. Lui, il était déjà en train de préparer son film. Sachant que Franck et moi, nous allions discuter sur le chemin du retour, il nous mettait déjà en situation pour tester le couple Meiji/Franck ou Diamantine/Lucien et, nous construisions déjà sans le savoir le futur Conte du Ventre Plein. Franck et moi sommes devenus très bons amis, je l’adore. Il ressemble plus au personnage du film que, tel qu’on le voit en représentation avec 2B3. Il a été génial avec moi.
Pour toi, quel est le message du Conte du Ventre Plein ?
Je me suis battue avant d’avoir été choisie pour faire ce film et, lorsque je vois ce film, je suis heureuse. Le message contient Tout. Je veux absolument qu’il soit vu au Congo qui sort d’une guerre, et dans les autres pays d’Afrique. Parce que tout d’un coup, à partir d’une histoire, d’un conte il se dégage une espèce de philosophie qui veut tout dire dans la vie. C’est une histoire qu’on déniche dans les greniers, dans une espèce de malle poussiéreuse. Tu ouvres, tu te demandes où tu vas et tu te demandes d’où sortent ces personnages bizarres et tu adhères finalement à l’histoire…
Que dit-elle cette philosophie ?
Mais simplement que dans la vie, soit tu te bats pour réaliser tes rêves, pour être acteur de ta vie, soit tu restes spectateur de ta vie. Dans le film, un personnage dit : « La vie est une chanson, ou tu décides de virevolter avec sa musique, ou bien tu restes là comme une idiote à rien faire ».
C’est exactement ma façon de voir la vie. Depuis toute jeune, j’ai voulu être comédienne. Je savais très bien que je n’avais aucune certitude de réussite, je ne savais strictement rien de ce que j’allais devenir. Et vu les statistiques, j’étais plus partie vers la défaite que vers le succès… Mais je m’en foutais complètement. Je me disais, mais bon sang, je ne suis pas sur cette terre pour calculer ce qui est stratégiquement bien pour que je sois en sécurité. Je n’en ai rien à foutre de la sécurité. Je suis plutôt dans ce qui va m’apporter du plaisir, dans ce qui va faire que le matin, quand je me réveille, je vais ouvrir la fenêtre et je vais me dire je suis contente de vivre…
Comment s’est déroulé le tournage ?
J’ai tourné pendant un mois et une semaine à peu près, fin mars 99 et durant tout le mois d’avril en Franche-Comté. Toute l’équipe vivait dans un petit bled où franchement, il n’y avait rien. Heureusement pour moi car ça m’a permis de calmer la Meiji U Tum’Si de tous les jours pour être en osmose avec la nature et me rapprocher du personnage de Diamantine. Chez Diamantine, tout est intériorisé, tout doit passer dans la subtilité d’un regard, d’un geste, dans la douceur de la voix… Aucune fausse note. C’était vraiment un travail avec beaucoup de rigueur dans la concentration pour que je sois la plus paisible possible.
C’est donc entre Consolation et Morteau que nous avons tourné. Les décors naturels se trouvaient à Consolation. Un ancien hôtel nous a servi de lieux de préparation, maquillage etc.. et à 500 m de là, il y avait le restaurant « Le Ventre Plein ». C’est ça qui était prodigieux. Tout se trouvait à proximité. Melvin avait fait des repérages dans toute la France pour dénicher cet endroit qu’il a trouvé idéal pour réaliser Le Conte du Ventre Plein.
C’est un homme qui ne laisse rien au hasard. A chaque fois qu’on me maquillait, il sortait son mouchoir et me démaquillait carrément pour que je sois la plus naturelle possible. Pour ma coiffure, il sortait son peigne afro et me recoiffait. L’accessoiriste ne devait surtout pas commettre l’erreur de mettre des serviettes rouges à la place des serviettes jaunes et même les miettes de pain sur la table ne devaient pas bouger. Il était attentif à tous les détails, se souvenait de tout et remarquait la moindre modification. J’avais l’impression de voir un peintre à l’œuvre et que j’étais sa sculpture.
C’est ça qui est formidable avec lui. Il te laisse faire. Quand tu fais une fausse note, il te dit « non, ce serait mieux si tu faisais comme ça ». Mais quand il sait que tu as capté son univers, que tu es dans la bonne direction, il te laisse aller, il te suit. Lorsque nous débordions, il nous corrigeait tout simplement de manière à ce qu’on ne s’écarte ni de l’histoire qu’il souhaitait raconter ni des personnages qu’il avait imaginés pour cela. Il sait exactement où il veut aller et ce que ça va donner à l’image donc il nous guidait et nous lui faisions confiance.
En tant que comédienne, je me sentais totalement impliquée dans le film, dans la construction de mon personnage, et en même temps, j’évoluais en parfaite harmonie avec les autres acteurs, Andréa Ferréol, Jacques Boudet, Franck Delhaye, Claude Perron, Herman Van Veen et les autres. J’ai senti des comédiens qui étaient fiers et heureux de faire partie de cette aventure, qui adhéraient à l’univers de Melvin et qui donnaient vraiment toute leur énergie, tout leur amour pour faire ce film. C’était vraiment une grande famille.
Pour moi, Melvin a été un super maître, un homme foncièrement positif et pas du tout stressant. Comme je venais du théâtre, il prenait le temps de m’expliquer les différences de rythmes qu’impliquent par exemple le jeu en gros plan, les préparations au niveau de l’éclairage pour qu’en tant qu’actrice noire, je sois visible etc.. Il m’a énormément appris.
Cette expérience a été si forte, si féerique que je n’en suis toujours pas redescendue. Je suis encore sur mon nuage et j’ai du mal à croire que c’est vrai. Je dois encore me pincer pou me convaincre que je ne rêve pas. Melvin m’a fait comprendre que les miracles existaient et que pour moi, tant que je serai sur cette terre, tout sera possible.
Quelles ont été les réactions au Festival de Cannes ?
Le Conte du Ventre Plein, c’est un film entier, sans complaisance, un film qui dit la chose. On aime ou on n’aime pas. Ce ne sont pas seulement des dialogues, une histoire, des personnages, des décors, une manière de filmer, c’est un univers auquel on adhère ou pas. Mais il n’y a pas de « mouais », c’est pas possible.
Soit, on décide de manger de ce pain, car on pense que ça va nous nourrir, nous faire grandir ou on décide de rejeter, sans même y goûter, persuadé que c’est du poison. Je retiens une phrase de Melvin à qui une journaliste posait des questions étranges. Il sourit et dit :  « Je vous remercie de votre question parce que cette question là m’indique d’où vous venez et par quoi vous avez été conditionnée. ».
L’important c’est d’aller voir le film et de se laisser entraîner dans cette histoire étrange. On ne sait pas où on va mais on va quelque part. A la fin du film, le public, quel qu’il soit, aura forcément quelque chose à dire.
Les Robert (Jacques Boudet et Andréa Ferréol) ont été qualifiés de personnages « atrocement adorables ». En effet, Melvin ne dit pas si ces personnages sont méchants ou gentils. Il se contente de montrer pourquoi ils sont devenus comme ça. Les personnages, eux, ne se rendent pas compte de leur méchanceté. C’est au public de décider s’ils sont condamnables ou pas.
Le montage, les effets spéciaux servent un peu à explorer le passé des personnages ?
Oui, et en même temps, ça permet de dédramatiser des séquences qui sont choquantes ou violentes en ajoutant une touche d’étrange et de comique. On se dit, finalement, tout ceci est une farce de la vie…
La musique est très présente aussi…
Cette musique n’est pas anodine. Elle est complice du film. Comme je te l’ai dit, rien n’ai laissé au hasard, même si on peut en avoir l’impression par moment. Mais Melvin a rêvé cette musique, l’a imaginée puis composée, atténuant ou accompagnant ainsi, la dureté, l’hypocrisie, ou la violence de certains personnages …
Après, le Conte du Ventre Plein, quels sont tes projets ?
Melvin Van Peebles a été la gentille fée de ma vie. Auparavant, j’existais dans les coulisses, en tant que comédienne qui se battait pour ses projets et depuis qu’il m’a choisie, il m’a posée sur le devant de la scène et maintenant j’existe aux yeux de tout le monde. Pour moi, avoir travaillé avec lui, c’est comme si j’avais décroché le diplôme le plus prestigieux qui soit. C’est une reconnaissance.
J’ai eu la chance de rencontrer un grand réalisateur français, Daniel Vigne, avec qui j’ai tourné un téléfilm pour France 2 en septembre et octobre dernier et qui sortira bientôt.
Je tourne actuellement un second téléfilm avec lui en tant qu’actrice, directrice de casting et assistante de réalisation.
Je reviens juste de Côte d’Ivoire où j’ai été présenter le Conte du Ventre Plein. Avec l’aide d’un ami, distributeur et journaliste, Pascal Djekebre, qui travaille avec de nombreux réalisateurs africains, nous avons mobilisé la presse en une semaine. Les journalistes ont été très enthousiastes et 2 articles ont été publiés lorsque je suis partie. J’y ai trouvé un cinéma, « Les Studios », qui draine pas mal de cinéphiles. Le responsable veut sortir le film au mois de juillet et faire un gros travail de promo pour sensibiliser la jeunesse et faire connaître Melvin au plus grand nombre.
On envisage également des contacts avec le Burkina Faso et Ouagadougou pour le FESPACO.
J’ai également décidé de promouvoir le travail d’un jeune peintre ivoirien de 28 ans très prometteur, KABLAN, qui peint des toiles gigantesques d’1m65 sur 1m20 représentant des personnages intrigants, pleins d’humanité et d’émotions. Tout comme Melvin qui m’a amenée vers la lumière, je souhaite faire sortir de l’ombre Kablan, qui a le potentiel pour s’imposer dans le paysage pictural européen et même mondial. Lors de la présentation de son exposition au Centre Culturel Français d’Abidjan, tout le monde est tombé en extase. Ça s’annonce plutôt bien pour lui et je vais me battre pour que ça marche.
Enfin, à la rentrée prochaine, je vais travailler sur « Tribut », le long-métrage du réalisateur BALUFU BAKUPA-KANYINDA, connu pour « Le Damier » et ses documentaires qui ont raflé de nombreux prix. Ça se passe à Paris, dans l’univers du hip-hop et je jouerai le rôle d’une femme fatale, très sophistiquée, prête à tout pour réussir dans ce milieu…

///Article N° : 1553

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