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Tanella BONI

© Frédéric Lecloux

Renseignements :


Tanella Boni (Abidjan, 1er janvier 1954 - Toulouse, 15 septembre 2026) fut l'une des voix majeures de la littérature ivoirienne et africaine contemporaine : philosophe, poète, romancière, essayiste, auteure pour la jeunesse et critique. Son œuvre, traversée par la dignité humaine, les violences politiques, les migrations, les femmes, les identités et les pouvoirs de la parole, compte une vingtaine de livres, auxquels s'ajoutent plus d'une centaine d'articles, nouvelles, préfaces et textes critiques.

Biographie
Née à Abidjan le 1er janvier 1954, Tanella Suzanne Boni suit une formation philosophique qui nourrit durablement son écriture. Docteure ès lettres de l'université Paris-IV Sorbonne, elle enseigne la philosophie à l'université de Cocody, à Abidjan. Elle ne conçoit cependant jamais cette discipline comme une simple étude des textes canoniques : sa réflexion se confronte aux réalités contemporaines, aux rapports de domination, aux crises de citoyenneté et aux formes quotidiennes d'exclusion.
Sa première publication importante est le recueil de poèmes Labyrinthe, paru à Lomé en 1984. Elle publie ensuite son premier roman, Une vie de crabe, en 1990. Très tôt, elle mène de front poésie, fiction, essai, littérature de jeunesse et interventions critiques. Cette pluralité des genres est au cœur de son parcours : chez elle, le poème, le roman et l'essai ne sont pas des territoires séparés, mais des manières différentes de saisir une même inquiétude du monde.
Dans les années 1990, elle participe activement à la vie littéraire ivoirienne. Elle préside l'Association des écrivains de Côte d'Ivoire de 1991 à 1997, devient membre de l'Académie mondiale de poésie et prend part à de nombreux festivals, rencontres intellectuelles et manifestations littéraires internationales. Elle a également dirigé la Francophonie au ministère ivoirien de la Culture, sans avoir exercé de responsabilité ministérielle.
Son œuvre romanesque aborde les relations amoureuses, la mémoire, la famille et les convulsions de la société ivoirienne. Matins de couvre-feu (2005), situé dans une Abidjan traversée par les tensions politiques et identitaires, lui vaut le prix Ahmadou-Kourouma. Le livre affirme son statut d'écrivaine attentive à la crise ivoirienne, sans jamais réduire celle-ci à l'actualité : elle y explore ce que la violence fait aux liens, aux corps, aux consciences et aux récits de soi.
Dans ses essais et ses articles, notamment ceux publiés dans Africultures de 2001 à 2016, Tanella Boni développe une pensée critique de l'assignation. Elle conteste les visions qui font de l'Afrique un objet de savoir, de compassion ou d'exotisme, plutôt qu'un espace de sujets capables de produire leurs propres concepts et leurs propres récits. Elle critique les enfermements identitaires - en particulier dans ses textes sur l'ivoirité -, défend la pluralité des appartenances, questionne les violences faites aux femmes et restitue l'épaisseur humaine des expériences migratoires.
Son essai Que vivent les femmes d'Afrique ? insiste sur la diversité des expériences féminines et sur la nécessité de penser les femmes comme des sujets de droit, de parole et de création. La Diversité du monde : Réflexions sur l'écriture et les questions de notre temps (publié à la Bibliothèque d'Africultures aux Editions L'Harmattan) prolonge cette réflexion sur l'écriture, l'universel, les cultures et les défis du monde contemporain.
Poète de la vigilance, Tanella Boni refuse l'opposition entre une littérature du sensible et une pensée du politique. Ses recueils sont traversés par les corps, les blessures, l'exil, la mémoire, l'espérance et la nécessité de parler malgré le silence. Il n'y a pas de parole heureuse, Gorée île baobab, L'avenir a rendez-vous avec l'aube, Toute d'étincelles vêtue, Là où il fait si clair en moi ou encore Insoutenable frontière témoignent de cette attention aiguë aux violences de l'histoire et aux ressources fragiles de l'humain.
Son dernier roman, Sans parole ni poignée de main, paru aux éditions Nimba en 2023, revient à Abidjan à travers un récit mêlant enquête, secrets familiaux et critique écologique, sur fond de déversement de déchets toxiques en 2006. Cette œuvre tardive confirme son goût pour les formes hybrides : le roman policier, le journal, l'essai et la chronique sociale s'y rencontrent pour interroger les maux ivoiriens.
Tanella Boni est morte le 15 septembre 2026 à Toulouse, à 72 ans. Elle laisse une œuvre exigeante, attentive aux voix fragiles et irréductible aux discours convenus : une œuvre où la poésie ne détourne jamais du monde, mais aide au contraire à en déchiffrer les blessures et à maintenir ouverte l'exigence de dignité.

Repères et distinctions
- Née le 1er janvier 1954 à Abidjan, en Côte d'Ivoire.
- Docteure ès lettres de Paris-IV Sorbonne ; enseignante de philosophie à l'université de Cocody, à Abidjan.
- Présidente de l'Association des écrivains de Côte d'Ivoire, de 1991 à 1997.
- Directrice de la Francophonie au ministère ivoirien de la Culture.
- Prix Ahmadou-Kourouma 2005 pour Matins de couvre-feu.
- Prix Continental, dans la catégorie meilleure auteure féminine, et prix international de poésie Antonio-Viccaro en 2009.
- Médaille de bronze du prix Théophile-Gautier de l'Académie française pour Là où il fait si clair en moi (2017).
- Décédée à Toulouse le 15 septembre 2026.

Livres de Tanella Boni

Poésie
- Labyrinthe, Éditions Akpagnon, Lomé, 1984.
- Grains de sable, Le Bruit des autres, Limoges, 1993.
- Il n'y a pas de parole heureuse, Le Bruit des autres, Limoges, 1997.
- Chaque jour l'espérance, L'Harmattan, Paris, 2002.
- Ma peau est fenêtre d'avenir, Rumeurs des âges, 2004.
- Gorée île baobab, Le Bruit des autres / Écrits des Forges, Limoges / Trois-Rivières, 2004.
- Jusqu'au souvenir de ton visage, Éditions Alfabarre, 2010.
- L'avenir a rendez-vous avec l'aube, Vents d'ailleurs, 2011.
- Toute d'étincelles vêtue, Vents d'ailleurs, 2014.
- Là où il fait si clair en moi, Bruno Doucey, Paris, 2017.
- Insoutenable frontière, Bruno Doucey, Paris, 2022.
Romans
- Une vie de crabe, Nouvelles Éditions africaines du Sénégal, Dakar, 1990.
- Les Baigneurs du lac Rose, Nouvelles Éditions ivoiriennes, Abidjan, 1995 ; réédition au Serpent à Plumes, Paris, 2002.
- Matins de couvre-feu, Le Serpent à Plumes, Paris, 2005.
- Les Nègres n'iront jamais au paradis, Le Serpent à Plumes, Paris, 2006.
- Sans parole ni poignée de main, Nimba Éditions, 2023.
Essais
- Que vivent les femmes d'Afrique ?, Éditions Panama, Paris, 2008 ; réédition Karthala, Paris, 2011.
- La Diversité du monde : Réflexions sur l'écriture et les questions de notre temps, L'Harmattan, Paris, 2010.
- Dires à Dieu pour demain : oraison d'une humanité révoltée, avec Francklin Nyamsi, Balafons, Abidjan, 2012.
Jeunesse et biographies
- De l'autre côté du soleil, NEA-EDICEF, 1991 ; réédition EDICEF, 2012.
- La Fugue d'Ozone, EDICEF, 1992.
- L'Atelier des génies, Acoria Jeunesse, Paris, 2001/2002.
- Miriam Makeba, une voix pour la liberté, À dos d'âne, Paris, 2009.
Textes collectifs
Tanella Boni a aussi contribué à des ouvrages collectifs, notamment :
- "Ici, il n'y a pas le feu", dans Dernières nouvelles de la Françafrique, Vents d'ailleurs, 2003.
- "Le petit chien de Madame L'Œil", dans Dernières nouvelles du colonialisme, Vents d'ailleurs, 2006.
Elle a coordonné le numéro 82 d'Africultures en 2010, "Penser l'Afrique : Des objets de pensée aux sujets pensants"


Parmi ses derniers articles publiés on peut citer : "La dignité de la personne humaine : de l'intégrité du corps et de la lutte pour la reconnaissance", Diogène, "La Dignité en question", n°215, juillet-septembre 2006 ; "L'Afrique des clandestins", Informations sur les Sciences Sociales/Social Science Information, n° 4, 2008 ; "Femme et être humain : autonomisation et réalisation de soi", Africultures, n°75, janvier, 2009 ; "Corps blessés, corps retrouvés ? Les discours sur les mutilations sexuelles féminines", Diogène n° 225, janvier 2009 ; "Barack Obama : de l'historicité d'un homme politique", Présence Africaine n° 178, juillet 2009.





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